La mémoire gravée LES EYGALAYES (DROME)

MOMENTS TRAGIQUES DU MAQUIS VENTOUX LES EYGALAYES (DROME)

 

Bien que située dans le département de la Drôme, la petite nécropole des Eygalayes n'en est pas moins, moralement , terre vauclusienne, eu égard aux origines des héros qu'elle abrite, membres du maquis Ventoux.

Izon-la-Bruisse, image hallucinante pour les rescapés de ce combat féroce qui vit les S.S. et les légionnaires de la compagnie Brandebourg rivaliser de sauvagerie. Izon, petit village aban­donné et perdu au sud-est de la Drôme, à mille trois-cent mètres d'altitude, remplissait par excel­lence les conditions d'accueil d'un maquis en raison de la nature du terrain et de son isolement. De plus, les habitants des quelques fermes encore çà et là exploitées se montraient favorables à la cause de la Résistance, renforçant ainsi le sentiment de sécurité ressenti par les cent trente patriotes composant ce maquis. De là, ils peuvent contrôler le col Saint-Jean, et le col de Perty par les montagnes de Chamousse et d'Herc, ainsi qu'une portion de la route nationale 542, entre Sèderon et Laragne. Des postes permanents de sécurité bouclent le dispositif d'alerte et assurent la surveillance du village d'Izon et des deux autres sites, la ferme de la Grange Blanche et la maison forestière.

Le soir du 21 février 1944, entre dix-huit et vingt et une heures, un important détachement alle­mand, renforcé par des membres de la S.S. et des légionnaires de la compagnie Brandebourg, encercle le village de Sèderon, l'investit et en empêche toute sortie. Au début de la nuit, un déta­chement de la gendarmerie allemande, venant de Digne et de Sisteron, complète le dispositif en place. Les assaillants fouillent les maisons, rudoient les habitants, ne manquant pas au passage de se livrer au pillage. Leur ardeur est telle qu'un officier allemand doit freiner ces excès.

La fin de la nuit est mise à profit pour un déplacement de la troupe en direction des Eygalayes. Nous sommes en hiver, il fait froid, et le sol est recouvert d'un épais manteau de neige. Le jour se lève à peine, c'est le moment propice pour attaquer. Guidés par deux jeunes gens qui connais­sant bien les lieux, puisque ces derniers venaient de quitter le maquis quelques temps auparavant, les allemands s'infiltrent dans les chemins et sentiers menant aux maquis. Au sud, ils sont stoppés à la grange Bernard par le poste de garde fourni par la 3ème section installée aux Granges-Basses. Sur les cinq maquisards composant cette "sonnette", quatre tomberont les armes à la main, après avoir blessé trois assaillants dont un grièvement. La garde était effectivement assu­rée, et l'effet de surprise n'a pas produit d'effet. Les archives allemandes laissent décrypter que le premier assaut aurait été même refoulé par les vaillantes sentinelles du poste de garde. Au nord, au col Saint-Jean la veille est également en place. Ils sont cinq éléments de la première section installée dans le village d'Izon la Bruisse. La sentinelle qui avait rejoint le maquis depuis vingt jours lance la sommation "Halte là". En guise de réponse, une longue rafale vient interrompre le silence de cette froide nuit. L'alerte est donnée, et la garde peut s'évanouir dans la nature. Mais la route menant au village est libre. En contrebas, au village et à la ferme Pichot, la section Koenig (lère section) tient lieu de poste de commandement de la compagnie et l'infirmerie y est implantée. Ils sont vingt-quatre maquisards encore assoupis. Un seul réussira à s'enfuir. Ceux qui ne sont pas tués lors de l'attaque sont faits prisonniers. La section Viala (la 3ème section) est implantée au cen­tre du dispositif, aux Granges Blanches, à trois cent mètres à vol d'oiseau d'Izon. Son effectif est de treize hommes sur les lieux mêmes. Il semble qu'ils aient été alertés, car si huit d'entre eux sont tués, cinq autres s'échappent et passent au travers des mailles de l'encerclement. Ils purent réagir immédiatement, car la plupart d'entre eux dormaient habillés.

La 2eme section, installée prés du col d'Olum à 1230 mètres d'altitude, occupe une habitation autrefois fréquentée par l'agent des forêts, d'où son nom, la Forestière. Nul ne doute qu'elle bénéficie du meilleur emplacement, les deux autres sections attaquées la protégeant sur son flanc sud. De plus, l'accès à ce cantonnement est difficile et les règles strictes de la vie militaire y sont observées. Le commandement est en effet assuré par un officier d'activé ayant servi dans la Légion Etrangère. Les rafales ont mis en éveil les vingt-sept résistants. Un mouvement de contre-attaque est entamé de manière coordonnée en direction de la vallée et des points attaqués. La patrouille de reconnaissance est stoppée à quelque cent cinquante mètres du village d'Izon par le tir d'une mitrailleuse placée sur le versant d'en face. Pendant ce temps, les prisonniers à qui les Allemands imposent de nombreuses corvées, sous les coups de crosse et autres sévices, sont dirigés vers les Eygalayes. Avant qu'ils atteignent le village, ils seront fusillés quatre par quatre. Dans le dernier groupe, Laurent Pascal réussira à s'enfuir, ses compagnons, devant une telle audace, se placeront immédiatement dans ses traces, faisant ainsi écran aux balles ennemies.

La journée, hélas, n'est pas terminée. Revenant à Séderon, cette horde teutonne fusillera le gen­darme Gamonet. Quatre maquisards détachés du maquis Ventoux forment à Vallaury de Barret un petit détachement. La ferme des Jasses qui les abrite est investie. Ils sont arrêtés. Questionnés, brutalisés, battus, ils n'affirment n'être que des réfractaires. Dans l'après-midi, une section de feldgendarmes revenant d'Izon prend le contrôle de cette opération annexe et continue les inter­rogatoires. Les quatre maquisards sont finalement amenés à Digne, où à l'hôtel de l'Ermitage ils continueront pendant un mois à subir tourments et tortures avant d'être dirigés sur la prison des Beaumettes à Marseille, et ensuite dirigés sur un camp de concentration. Deux survivront et retrou­veront la Provence à leur rapatriement.

Ces mêmes gendarmes allemands abattent, après avoir passé le village de Barret de Lioure, trois jeunes gens du pays, affairés à récolter des victuailles pour marquer comme le voulait la tradi­tion les festivités du mardi gras tout proche. Razzoli, détaché auprès du poste de commande­ment, avait échappé la veille à l'arrestation lors de l'encerclement de Sèderon. Il se présente à la ferme de Rieu, prés de Villefranche le Château. Il y retrouve les chefs du maquis, qui, eux aussi, avaient pu fuir lors de l'arrivée des assaillants et rejoindre par un autre itinéraire ce lieu de repli. Après une courte collation, Razzoli prend la direction du camp d'Izon. En route, il est intercepté, son uniforme ne laissant planer aucun doute sur ses activités. Déjà vigoureusement interrogé à l'hôtel Bonnefoy, à Sèderon, les propriétaires du lieu durent supporter des cris atro­ces et découvrirent ensuite tables et chaises cassées, utilisées comme appareil de supplice.

Il sera aperçu à la Rochette du Buis, menotte et encore frappé. Conduit à Cavaillon, les brande-bourgeois le ramèneront non loin d'Izon, au quartier de la Gineste, une semaine plus tard, dans une traction avant Citroën. Son corps sera découvert, criblé de balles, preuve de l'acharnement des bourreaux. Plus de deux mois seront nécessaires au maquis Ventoux pour se réorganiser, retrou­ver un effectif égal à celui atteint au moment de l'attaque d'Izon et effacer ce dur coup du sort.

 

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